• Pauline Dreux-Palassy

La pandémie et moi, et nous ?

Stop la prison intérieure ! On sort la tête du sable, même s’il semblait doux et chaud !


Je viens de comprendre…

Je viens de comprendre ce qu’à produit cette pandémie sur moi.

Tellement d’années passées enfermée dans ce personnage qui tentait de vivre dans un monde normal, un monde stable mais fictif…

Tellement d’années à se faire croire que tout va bien, que tout est stable, et que la vie n’a pas vraiment de goût, de saveur, finalement. Tellement d’année à tenter d’accepter la platitude. Que du quotidien, rien d’imprévisible. Le contraire de la vie. L’ennui, accompagné d’emmerdes matérielles le plus souvent.

Tellement d’années enfermée dans cette armure pour éviter que mon moi intérieur, qui lui savait, déborde, crie, hurle que ce monde sous ses airs lisses et parfaits, instagrammés, n’existe pas. Que tout n’est qu’illusions ! Illusions que rien ne bouge, que tu finiras vieux, engoncé dans ce magma de vide existentiel, de lignes toutes tracées, de vies superficielles n’ayant que pour unique but l'anesthésie. L'anesthésie contre l’oubli de notre mortalité.

J’ai l’image d’une explosion, de quelque chose qui vole en éclat. C’est ce qui me vient quand je pense à ce que la pandémie, ce “ras de marré” planétaire a produit sur moi. Comme si, la bulle de verre qui traçait mes contours et m’étouffait, s'était brisée.

Les milliards de fragments libérant chaque partie de moi qui était prisonnière.


Je viens de comprendre pourquoi.

Enfin, la vérité de la vie est apparue ! Parce qu’elle n’est pas stable, parce qu’elle est incertaine, parce qu’elle est intéressante lorsqu’on enlève enfin la cloche sous laquelle nous étions enfermés collectivement. Grâce à ça, nous allons pouvoir (re)trouver le sens de vivre.

Vivre… Ne pas savoir comment sera demain. S’ancrer dans aujourd’hui, avec ceux qui sont là. Pas ceux que nous verrons bientôt, un jour peut-être, quand nous aurons du temps…

L’intensité a augmentée, l’urgence de dire “je t’aime” à ceux qui comptent. L’urgence de prendre le temps d’écouter son intérieur qui vibre du bonheur de ne plus crouler sous l’épaisse carapace de la normalité.


Cette pandémie m’a libérée.

Elle m’a redonné du souffle. M’a permise d’être moi. De partager mes émois, de transmettre cette lumière qui enfin pouvait se répandre autour de moi. Par le voile qu’elle lève sur les intuitions profondes qui m’habitaient depuis si longtemps, elle m’a donné l’autorisation d’être à l’extérieur telle que je suis, telle que je pense, telle que je vis au plus profond de moi. C’est comme si ma stabilité intérieure était proportionnelle à l’instabilité du monde. Et comble de joie, cette instabilité est apparue aux yeux de tous. Communion ! C’est comme si, enfin, ce que je ressentais depuis toujours, l’imposture de nos quotidiens, était clair pour chacun d’entre nous. Le monde tel qu’il est vraiment, sans son vernis artificiel de perfection, est visible par tous ! Les certitudes à propos du réel, que je contenais pour ne pas éclabousser ceux qui m’approchaient, sont devenues universelles ! Enfin, tout le monde sait (même inconsciemment) que rien n’est prévisible, que tout change en permanence. Nous avons enfin, en face de nous, sous nos yeux (émerveillés en ce qui me concerne) ce monde qui nous pousse à devoir nous réinventer, à devenir agiles, souples. A garder l’équilibre pour ne pas tomber. Ça réveille nos sens, ça réveille nos cœurs.


L’ennui va mourir.

Le sens va se retrouver dans l’essentiel. Nous allons arrêter de courir après un sens que nos modes de vie ne produiront jamais. Le sens est ailleurs. Le sens est dans le mouvement qui nous emmène vers de la nouveauté, de la réinvention. Ça va être plus simple et probablement plus beau. Ça ne sera pas facile d’abandonner les illusions d’optiques offertes par nos sociétés marchandes de rêves. Pas facile de lâcher ce qui nous faisait courir partout, tout le temps. Temps que nous n’avions plus, tellement il était rempli avec du rien, du factice. Maintenant, le temps va ralentir, nous allons pouvoir retrouver nos sourires. Pouvoir laisser s’écouler les minutes, comme une éternité, le regard plongé dans celui d’un.e autre. Les mains occupées à fabriquer, à réparer, à semer, à récolter, à caresser la chaleur d’une flamme de feu de bois, à effleurer les brins d’herbes de nos prairies…

La mort éclaire la vie

Paradoxalement, je crois que c’est le retour de la mort quotidienne et banale qui nous remet en vie. Cette conscience concrète, que nous ne sommes pas tout puissant, que nous sommes mortels, nous réveille, nous éveille et nous met en mouvement. Malgré l’inquiétude qu’elle génère et toutes les traces de tristesse qu’elle laisse ça et là, j’éprouve une forme de gratitude pour cette pandémie. Elle met à jour la bêtise des représentations du monde que nous avions. Cette confrontation avec la finitude de la vie de façon frontale nous rend créatifs. Nous ne sommes pas encore tous à nous mettre en action mais la volonté grandit. Avec les peurs, les freins qui se lèvent face à des mouvements de changements profonds à venir.


Nous nous préparons !

Et oui, le sentiment de chaos va nous habiter, mais notre rapport au temps va changer. Chronos laissera de la place à Kairos. Qualité prendra la place de quantité. Nous aurons peur, nous avons peur déjà. Elle peut nous aider, cette peur. Nous aider à penser comment réussir à bouger vers de nouvelles postures tout en construisant de nouvelles façons de nous sentir en sécurité. L’idéal serait que nous soyons capables de nous tenir les uns les autres par la main. Être un soutien quand nous sommes stables, être soutenus dans les moments de vacillement. Traversons nos peurs pour accompagner ceux qui en auront besoin.


Les mesures que cette société rationaliste a déployé face à la pandémie, nous éloignent les uns des autres. Et en même temps, comme un mouvement lent, sourd mais ancré, il me semble qu’un désir profond de réunion naît en nous. je le vois, je le sens tous les jours, ça me remplit d’espoir et de joie.




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