• Pauline Dreux-Palassy

L’aventure amoureuse


Je crois que tu n’es pas mon aventurier. Et j’en suis profondément triste. Oui, c’est de toi dont je parle, je sais que tu te reconnaitras.


A notre époque, il est l’heure de faire la révolution romantique comme Victoire Tuaillon appelle à le faire dans le podcast Le cœur sur la table. C’est justement un aventurier de cette révolution que je cherche. Quelqu’un qui serait partant pour tenter cette aventure avec moi. Attention ! Il sera nécessaire d’enlever les costumes de princesse et de prince charmants. Justement, elle est là l’aventure. Se défaire de ses croyances, déconstruire les stéréotypes de genre, chercher en soi ce qui fait la beauté de chacun, la partager à l’autre. Partager aussi ses fragilités, ses blessures, les penser pour les panser. Construire ensemble un cocon de confiance et baisser les masques... un peu... pour.. petit à petit, les faire tomber, les enterrer, faire un feu de joie avec, célébrer ! Un cocon qui, ensemble, peut aider à devenir de plus en plus soi-même.


Métamorphose


Ces masques qui nous injonctent (oui, je sais, j'invente des verbes mais celui-là dit exactement ce que je veux dire) à garder des postures qui souvent nous font souffrir et font souffrir l’autre. Je croyais que nous avions suffisamment d’affection et de respect l’un pour l’autre pour réussir à nous mettre à jouer ensemble. Oui, c’est un jeu qui comporte des risques. On peut se découvrir complètement différents de celui/celle que l’on pensait être. On peut découvrir que l’autre tient debout seul et qu’ensemble, c’est juste du plus. On peut découvrir une relation d’interdépendance en se défaisant de la dépendance ou de la fuite affective. Je croyais que nous avions tellement d’affection et de respect l’un pour l’autre que nous aurions le courage de nous lancer dans ce jeu de piste inconnu.

Mais je crois que nos peurs sont plus fortes que nous. Que finalement on fait le choix de la tortue ou de l'escargot, bien planqués dans leur maison portatives. Bien au chaud mais seuls, et surtout sans espoir d’évolution. Dans ces postures dictées par les peurs, on reste petits, tout petits, on ne grandit pas.


Et moi, je veux grandir, je veux bien partager un peu de ma coquille et visiter celle de quelqu’un d’autre. Enfin, la tienne surtout. Mais la porte semble rester fermée. Ma gorge se serre de constater ça. Souvent, tu toques à la mienne pour voir comment je vais. Je sors le bout de mon nez, je m’approche un peu. Ouhla, pas trop sinon tu repars et referme ta muraille de protection. Je crois pas qu’on va y arriver tous les deux. Ça me rend infiniment triste. Or je cherche la joie ! La joie d’expérimenter d’autres façons d’être amoureux, de prendre soin sans posséder, d’être attentif sans s’oublier, de caresser, de sentir, d’être…. de partager qui on est sans être jugé. C’est ça le jeu, se laisser guider par la joie. Savoir dire quand elle est là, quand on est bien. Se l’avouer, le partager. Et être capable de montrer tout le reste, tout ce qui nous freine, nous bloque. L’intimité dans tout ce qu'elle a de plus sincère et de plus beau. Recevoir une étreinte, une caresse, un regard tendre pour dépasser ce qui est difficile.


La guérison ça peut se faire à deux, j’en suis persuadée.


Alors, moi aussi j’ai peur hein !! Je pète de trouille oui ! Mais cette peur, je sens qu’elle m’invite à bouger. A entrer dans la danse du changement, de l’expérience. Je sais qu'elle sera un guide précieux pour ne pas aller trop vite, trop loin, au-delà de mes limites que je dois savoir préserver. Cette aventure m’aiderait certainement d'ailleurs à identifier certaines de mes limites qui me sont encore inconnues. Je pourrais mieux savoir qui je suis en sachant mieux qui tu es et en te regardant co-évoluer avec moi. La co-évolution, c’est peut-être ça qui guérit ?


Mais peut-être ne veux tu pas guérir.


Peut-être ne te rends tu pas compte que nous, les hommes et les femmes, sommes malades. Malades de stéréotypes, d’injonctions pour coller à un modèle patriarcal qui nous fait tous souffrir et qui, peut-être, rend le monde malade aussi.

Sortir à deux de ces modèles nauséabonds, c’est contribuer à changer le monde. Alors, deux êtres qui font ce chemin, c’est peut-être juste une goutte d’eau ! Mais rien que cette goutte demande de gros efforts. Je pensais que nous pourrions irriguer le monde grâce à la goutte que nous aurions produite, mais visiblement, tu n’es pas mon aventurier. La joie n’est pas avec moi en écrivant cela. Je retourne dans ma coquille. Si je me trompe, dis-le moi, je peux rouvrir ma porte.





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