• Pauline Dreux-Palassy

Prendre soin de l’humain

Il me vient l’envie, le besoin, d’écrire sur ce que je pense être le coaching, la facilitation. Plus globalement, sur la posture d’un accompagnant des changement(s) individuels ou collectifs ou, pourrait-on dire aussi, d’évolution(s). Parce que ce n’est rien d’autre.

Effectivement, le changement aboutit in fine à une évolution, un nouveau stade. On n'accompagne pas seulement des changements structurels, organisationnels ou gestionnaires. Ce sont avant tout des changements profonds qui s'opèrent chez les individus, seuls sur leur chemin ou en groupe vers un but commun. Et, dans ces moments-là, ils ont besoin d’être en sécurité et soutenus, de s’entendre, d’être entendus, de s’exprimer, de se libérer, avant de s’envoler vers l’autonomie dans la mise en œuvre de ces évolutions. Si l’on “accompagne” des changements sans cette dimension du soin de l’humain, ils ne seront pas de long terme. Il seront des pansements posés sur des blessures sans s’être penché sur la cause profonde qui nécessite d’être revisitée : la matière humaine.


Qu’est-ce qu’accompagner le changement n’est pas ?


Accompagner le(s) changement(s), ça n’est pas donner des conseils, des injonctions, des recettes, c’est tout le contraire. Parfois, on peut partager ses expériences, ses connaissances avec les autres, pour illustrer, donner des exemples, proposer des choses, mais jamais on ne cherche à orienter ceux que l’on accompagne. Par contre, on va leur offrir un cadre qui leur permettra de trouver leurs orientations, leurs singularités, leurs chemins.


Jamais on ne promet de résultats ni de facilité. On ne fait jamais croire que ça va être facile ! Oui, on encourage, on soutient, on montre que c’est possible mais on reste honnête. Changer, pour un humain, ça veut dire déconstruire des tas de systèmes qui ont été utiles pour lui auparavant, qui ont pu “faire habitudes”, qui aujourd’hui peuvent l’enfermer, le bloquer. Ce n’est pas simple, c’est parfois douloureux, parfois joyeux, parfois laborieux mais jamais simple. Ce que l’on offre, c’est un cocon dans lequel les personnes vont pouvoir appréhender ce qu’ils veulent toucher en eux, ce qui est un poids aujourd'hui, ce qu'ils veulent garder, alléger, découvrir…

Jamais on ne va utiliser un/des outils sans avoir réfléchi à quelle est notre intention en choisissant telle ou telle méthode. On va chercher ce qui nous paraît propice à aider l’autre à faire son chemin. C’est pour cela que les principaux outils du coach et du facilitateur collectif sont l’écoute active et le questionnement ouvert. Car l’autre a les réponses. Il a juste besoin d’aller les chercher en lui en toute sécurité. Et en collectif, voir chacun faire ces aller-retour en soi, inspire chacun vers son propre cheminement (et ça c’est beau !!).


Un accompagnant du changement n’a pas d’objectif(s) pour ses accompagnés. Il ne sert pas sa propre cause. Il tient l’autre par la main pour qu’il construise ses objectifs, qu’il explore des sentiers, qu’il trouve une voie qui s’accorde avec ses besoins.


Mais comment fait-on ça ?


Accompagner le changement demande avant tout d’acquérir une posture spécifique et de développer sa congruence. Cette posture, je crois que le seul moyen de l’acquérir, c’est de faire le voyage du changement soi-même dans un cadre d’apprentissage. Cadre qui va nous permettre d’observer nos transformations tout en les vivant dans notre chair. D’y mettre des concepts, de prendre du recul et de bien faire la part des choses entre nous et les autres, entre notre intérieur et l’extérieur. C’est là que la notion de congruence intervient.


Etre congruent c’est cultiver son alignement : penser, dire et faire de façon alignée. Penser ce que l’on dit, dire ce que l’on pense, dire ce que l’on fait, faire ce que l’on pense et ce que l’on dit. Et pour tenter d’être congruent, c’est une attention permanente qu’il faut porter à soi-même. Pas dans une démarche de culture égotique mais plutôt pour se libérer au maximum des injonctions de nos égos justement. Et nos égos sont nombreux et tenaces en nous ! Un travail jamais terminé mais passionnant. C’est ce travail sur soi qui vient alimenter la posture indispensable aux métiers d’accompagnement du changement. Cette congruence nous permet de bien savoir qui nous sommes et de ne pas projeter nos filtres sur ceux que l’on accompagne. De ne pas leur faire porter nos lunettes pour regarder le monde.


Prendre soin de son humain pour aider les humains


Alors la posture de coach et de facilitateur.trice nécessite une grande humilité, beaucoup de travail, une révision constante de son positionnement, une éthique forte, et des espaces de supervision et d’échanges entre pairs pour ne pas la perdre. Nous sommes si vite rattrapés par nos égos, nos failles, nos projections…


Pour moi, les mots de coach et de facilitateur.trice portent la beauté du soin à l’autre quand il est en train d’éclore, de germer pour prendre un nouveau chemin. Voilà pourquoi j’ai eu envie de partager avec vous la vision que j’en ai. Car je vois trop souvent ces mots fleurir de partout en faisant miroiter la facilité de faire changer, de faire faire autrement….la lune !


Et bien non, le changement est un cheminement semé d'embûches mais aussi de belles découvertes sur soi et les autres. Et ça prend du temps. Le temps de prendre soin, de concevoir le processus qui sera adapté aux humains que l’on soutient quand on est l’accompagnant. Du temps de maturation, d'essais/erreurs/apprentissage, de remise en question...quand on est accompagné(s). Du temps d'échange, de tissage des relations pour toutes les parties prenantes, accompagnés et accompagnants.


Ce temps qui nous manque cruellement dans ce monde qui va vite, qui nous impose d’aller vite, de trouver des solutions (souvent techniques) pour aller encore plus vite, pour être performant, pour rester bien coulés dans le moule (donc ne pas changer…)... Et en plus, très souvent, on nous “vend” du rêve, du bonheur permanent... Or tout changement profond, stable, pérenne, ne se produit qu’en y consacrant le temps, le soin et l’énergie nécessaire.


Etre accompagné et accompagner ces transformations, relève d’un pacte que l’on passe ensemble, que l’on vit ensemble, en prenant le soin quand on accompagne, de ne pas amener les accompagnés sur notre propre route, qui ne sera jamais la leur.


Prendre soin de l’humain !