• Pauline Dreux-Palassy

Ta bulle, ma bulle, nos bulles

Nous vivons dans une société qui se fragmente, se fragilise par ses séparations, coupe peu à peu tous les liens qui nous font tenir en un tout cohérent et solide. Communautés, entre-soi, classes sociales hermétiques, étiquettes, idéologies, tout est bon pour s'affirmer individuellement en creusant de plus en plus les sillons qui nous séparent. Et les algorithmes des réseaux sociaux, bombes sociales à retardement, amplifient ces phénomènes en nous enfermant dans nos croyances pour mieux nous faire consommer.

Est-ce un de nos derniers liens ? Consommer ? Vraiment ?

Nous devenons une communauté de bulles de savon qui glissent les unes contre les autres sans aucun échange, et qui parfois forment, à quelques unes, une plus grande bulle à l'intérieur de laquelle nous nous perdons : bulles de croyances, bulles d'idéologie, bulles d'identités ... et nous perdons même le lien avec notre propre intérieur, avec nous même. Nous cherchons à nous définir par nos bulles et oublions que nous sommes simplement des humains et des vivants, nous oublions de dialoguer véritablement avec nous même et les autres.


Dans un organisme vivant, les cellules peuvent être assimilées à des bulles sauf que, sauf que ... Chaque parcelle de ces petites bulles complexes comporte à sa surface des éléments d'interconnexions avec l'ensemble des autres cellules, des composants de l'organisme, des voies de communication (sang, système nerveux...) et avec le monde extérieur. Aucune petite "bulle" ne vit pour elle-même et par elle-même. La communauté cellulaire du foie ne vit pas pour elle-même, elle détoxifie le sang en provenance d'autres cellules composant d'autres organes, les cellules de nos yeux ne vivent pas seulement pour nos yeux, elles nous ouvrent une porte sur l'extérieur, vers l'échange.


Les espaces qui nous séparent sont les failles de la communauté humaine qui s'effrite et tente de s'extraire de la communauté des vivants, et de se préserver de ses lois en faisant des dégâts irrémédiables au passage sur tous les vivants. Ces failles sont des cicatrices. Non, les vivants ne peuvent pas vivre séparés, les humains pas plus que les autres. Nous avons besoin de renouer nos liens, de soigner nos liens, de réparer nos liens comme le dit si bien Abdernour Bidar : nos liens avec nous même, nos liens entre nous, nos liens avec le vivant...et je rajouterai avec notre planète. Que nos bulles deviennent poreuses, qu'elles puissent rester uniques, solidaires et créatives.

Reformons un organisme vivant !