• Pauline Dreux-Palassy

Déconstruire pour emprunter des Chemins Résilients / Partie 1 - Sortir du déni


Tout part du constat que notre monde déraille et que c’est de manière holistique. C'est-à-dire qu’il déconne dans tous les champs qui composent son système. Un constat que j’ai vraiment mis beaucoup de temps à faire, à vraiment conscientiser. Lorsque j’étais en fac de bio, dans les années 90, j’avais une vision très intuitive de l’avenir. Je voyais se dessiner une division des humains entre deux chemins : ceux qui feraient le choix de vivre dans un monde virtuel, totalement déconnectés de la réalité et ceux qui vivraient au plus près de leur milieu naturel. A l’époque, je n’avais aucun argument ni scientifique, ni matériel, pour valider cette vision. Dans notre société si rationnelle, d’autant plus en faisant des études scientifiques, j’ai rapidement oublié mon hypothèse. Pour me rendre compte aujourd’hui, que nous sommes probablement sur cette voie. En tout cas, nous semblons en prendre le chemin.


J’ai vécu toutes ces années avec une forte conscience écologique mais sans réellement faire le lien entre nos modes de vie, nos structures sociales, économiques, politiques et le peu de soin que les humains avaient pour les écosystèmes. Quelque part, j’avais adhéré inconsciemment à la séparation Nature/Culture qui fonde nos sociétés occidentales. Pour quelqu’un qui a fait des études d’écologie et d’anthropologie biologique, on peut dire que c’est un comble ! Mais la vie vous entraîne parfois sans conscience vers des chemins, qu’une fois parcourus, nous nous demandons « mais comment en suis-je arrivée là ?? ». J'avais tenté de construire une vie épousant les valeurs de la simplicité volontaire (plutôt par ras-le-bol du système qu’une véritable conscience du besoin de faire baisser nos impacts écologiques) au début des années 2000. La vie a fait que … la tentative a été avortée pour cause de relation de couple merdique et d’enfants à charge qu’il allait falloir assumer affectivement, matériellement et financièrement, seule.


Alors, je suis devenue une sorte de bon petit soldat, qui s’occupe bien de ses enfants et qui s’occupe bien de ce que l’on attend d’elle dans son nouveau boulot dans le service public. En gros, je me moule dans le « care » jusqu’à, m’en oublier moi-même, perdre mon libre arbitre et ma lucidité. Jusqu'au jour où, 8 ans plus tard, je finis en burn-out. Mon corps m’arrête net dans cet élan sans conscience où je n’arrive pas à trouver ma place, où je crois que j’en suis responsable, alors qu’en fait, c’est notre société qui est malade. Mais ça, il me faudra encore quelques années pour m’en rendre compte profondément. Des années de reconstruction, d’acceptation que « c’est pas moi le problème », de reprise de confiance en moi et en mes analyses du monde. En parallèle de ce chemin, ma conscience écologique refait de plus en plus surface. Elle n’avait pas complètement disparu, mais elle était restée comme un hobby, sans aucune considération de la part des gens qui m’entourent. Une lubie sans consistance, pas un engagement.


Et, en 2018, après un point de rupture sans retour possible dans ma mission de fonctionnaire et la démission brutale de notre ministre de l’environnement, les choses ont commencé à être de plus en plus claires. Je faisais le lien entre nos sociétés remplies de bullshit job, d’inégalités, nos systèmes politiques, économiques et les problématiques écologiques qui, bien sûr, en presque 30 ans d'aveuglement (depuis la fac), s'étaient grandement aggravées.

Et je suis tombée dans le tourbillon des informations au sujet de l’épuisement des ressources planétaires, de notre dépendance aux énergies fossiles et du leurre des énergies renouvelables, du dépassement des limites planétaires et de l’intrication de tous les problèmes que l’espèce humaine traverse et fait traverser aux écosystèmes qu’elle a colonisés.

Les constats sont alarmants.


Je n’étais donc pas incapable de m’adapter à ce monde, c’est ce monde qui était malade dans toutes ses dimensions et mon incapacité adaptative était un signe de lucidité et de santé mentale ! Restait à savoir comment réagir à tout ça.


Et c’est là que mon chemin vers plus de résilience holistique a vraiment commencé. Il n’est pas de tout repos tellement il impacte un grand nombre de sujets et mes constructions intérieures. Je tenterais dans la 2ème partie de ce billet de vous décrire mon chemin et d’en tirer les enseignements.


A suivre ...