• Pauline Dreux-Palassy

Déconstruire pour emprunter des Chemins Résilients/ Partie 2 - Début de parcours

Comme je le disais au début de la partie 1 de ce billet, « Tout part d’un constat que notre monde déraille et que c’est de manière holistique. ». Et, justement, comme notre monde déraille quelque soit la direction où l’on regarde, cela nous demande de faire des modifications à tous les niveaux. Là, on se situe dans un système complexe qui, pour changer, doit voir les fondements sur lesquels il repose être revus et corrigés. Et pour faire évoluer les fondements d’une société humaine, cela suppose aussi que nous fassions évoluer ce qui est enraciné en nous. Les fondements d’une société créent en fractale nos fondements intérieurs, et inversement.


En empruntant mon chemin vers plus de résilience dans ma vie et dans l’avenir auquel j’aspire, je m’aperçois qu’il n’y a pas UN chemin mais DES chemins à parcourir pour y arriver. Et que chaque personne les emprunte au moment où il.elle est prêt.e et au rythme qui lui est propre.


De quoi je parle ?

J’aspire à voir le monde dans lequel j’évolue être plus résilient. Dans le sens, capable de s’adapter à de forts changements choisis ou subis. Parce qu’avec les constats d’où nous en sommes (quand je dit nous je parle de l'espèce humaine), il est évident pour moi, que nous ne pourrons changer notre trajectoire qu’à la marge et que nous allons devoir nous adapter à l’imprévu, à l’inconnu et à l’absence de stabilité que nous confèrent les énergies fossiles, des écosystèmes équilibrés et un climat stable. Aujourd’hui, je crois que les humains devraient tenter de se réconcilier avec le vivant et avec les conditions favorables au vivant. Et pour cela, nous avons besoin d’aller vers un impact le plus faible possible sur nos écosystèmes et même tenter de les aggrader au lieu de les dégrader. Et, pour les pays les plus riches, cela suppose de baisser considérablement notre impact donc, nos besoins, notre consommation, nos revenus … Aujourd'hui, on parle de décroissance. Mot mal choisi à mon sens, car il s’agit surtout de mettre nos désirs de croissance ailleurs que dans la matérialité et l’avoir. Sortir de notre matérialisme superficiel, du toujours plus et plus vite, placer nos aspirations ailleurs. La difficulté est que ce mouvement demande un grand nombre de déconstructions intérieures avant de pouvoir être mis en œuvre.


Où et quoi déconstruire ?

Le travail = gagner sa vie ! Ne l’ai-je pas gagnée à ma naissance, la Vie ? Si bien sûr ! Alors qu’est-ce qui nous pousse à croire qu’un travail payé en euros sera le seul garant pour la conserver ? Parce que nous sommes dépendants de l’argent. Parce que nous croyons que nous ne pouvons faire des choses qu’avec de l’argent. Parce que nous ne savons plus faire grand chose par nous même ou parce que nous voulons que les choses soient faites vite, vite. Souvent parce que nous n’avons pas le temps d’attendre car nous devons travailler. Alors, on paye. Et nous avons besoin d’argent, donc … c’est un cercle vicieux. Compliqué à déconstruire ! Je ne vais pas prétendre avoir réussi à le faire, mais je m’y emploie. Je crois que mes premiers pas ont été de regarder où se trouvait le superflu puis à l’éliminer progressivement. Envisager quelles sont les choses que je peux faire par moi même ou ré-apprendre à faire. Et puis, un jour, un mi-temps subi (division par 2 de mes revenus) m’a aidé à avancer un peu plus. Mais mon parcours est loin d’être terminé.


Et le temps ? Oui, parlons-en. N'avons-nous pas un rapport au temps qui nous empêche de vivre ? De vivre aux rythmes naturels ? De savoir se poser pour contempler, faire de nos mains, réfléchir au sens que nous voulons donner à nos vies ? Burn-out signifie cramé de l’intérieur. Il est clair que le rythme que j’avais à l’époque, celui d’une maman solo qui travaille trop n’était pas soutenable. Que cela m’a obligée à revoir ce à quoi je consacre mon temps. J’ai utilisé pendant plusieurs années des ressources énergétiques que je n’ai plus. Je crois que je ne retrouverai jamais le même niveau d’énergie pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas soutenable. Tout comme la planète a des ressources finies et limitées, moi également. Une fois le point de non retour atteint, on ne revient plus en arrière. Alors on revoit son rapport au temps, à la vitesse d’exécution, à la patience qui devient une véritable alliée.


Retour au soi concret et conscient. Cramer de l’intérieur, en plein vol, m’a aussi fait revoir la façon dont je m’occupais de moi. En effet, pour que mon corps me stoppe dans mon élan, c’est que je n’avais pas su écouter mes signaux internes. Déconnectée que j’étais de mon corps (support du vivant). Aujourd’hui, je le fais, enfin j’apprends encore à le faire. Me reconnecter à mes émotions qui sont des mécanismes physiologiques qui nous permettent de savoir comment notre environnement nous impacte. Tenter d’identifier mes vrais besoins, les accepter et les combler. Cela paraît tellement simple. Et pourtant, les femmes en particulier, sont éduquées à l’attention et au soin des autres avant elles. Je ne fais pas exception. Et c’est un travail énorme de déconstruire à la fois mes réflexes éducationnels mais aussi mes croyances par lesquelles, inconsciemment, je ne pense pouvoir exister que lorsque je prends soin des autres. Et surtout cela déconstruit une partie de l’identité que j’associais à mon genre. Et quand une croyance bouge, il y en a d’autres qui bougent. Les rapports hommes-femmes ne peuvent qu’évoluer si je me positionne différemment ! Et là, je vous dis pas comment ça brasse. Ça me brasse, ça te brasse, ça nous brasse, ça les brasse … Une révolution à faire pour que chacun trouve une place à part entière sans domination des uns sur les autres ! Un peu comme le travail que le monde occidental a à faire avec l’ensemble des pays et des écosystèmes qu’il appauvrit et détruit en vivant au-dessus des moyens offerts par notre planète.


Simplifier nos vies. Ne serait-ce pas un début de piste ? Revoir comment conserver un minimum de confort pour faire grandir des choses plus essentielles que le vide relationnel qu’offrent nos sociétés du divertissement ? Se reconnecter à soi, aux autres. Explorer ces richesses qui nourrissent infiniment plus qu’une série ou un séjour à Dubaï ? Faire de ses mains, inventer comment faire simple, faire pousser notre nourriture, coopérer avec d’autres pour éduquer, fabriquer, cultiver, se cultiver, créer … Chercher comment nous pouvons choisir de vivre avec moins pour que d’autres humains vivent mieux, pour que les autres vivants gardent leur place sur la planète que nous partageons avec eux.


Revenir au plus près de la vie. Loin de la ville, qui est l’outil du commerce et de la consommation. Qui nous éloigne des zones de production de notre nourriture, qui met des barrières entre nous et la réalité de la matière en nous laissant croire que le confort que nous y avons ne nécessite ni effort, ni énergie. Tout est transparent, invisibilisant dans le mode de vie urbain. Qui pense à l’agriculteur.trice qui a produit les légumes ou les fruits que nous trouvons dans nos supermarchés ? Qui se rend vraiment compte du travail quotidien qui est derrière la profusion qui nous est offerte ? Qui pense à ceux qui œuvrent pour que l’eau coule à nos robinets ? Qui pense aux forêts dévastées pour produire le soja qui nourrit la vache qui finira en côte de bœuf du barbecue estival ? Qui pense aux zones polluées par l’exploitation des terres rares de nos téléphones en chekant ses mails ? Qui pense au sable, pillé par les industriels, à certains pays pour que nous puissions construire nos routes et nos immeubles ? Et aux humains qui vivent près de ces zones ? Qui ?

J’ai fait ce choix. Quitter la zone urbaine. Pas pour reproduire “au vert” ce mode de vie urbain qui s'est instiller partout. Mais pour essayer de vivre différemment. C’est en cours. Je n’ai pas encore le résultat de ce mouvement à peine initié. Je vois déjà la complexité de ma démarche. A la fois du point de vue purement matériel mais également des peurs qu’elle génère en moi. Et si j’avais tort ? Et si je n’y arrivais pas ? Et si je me retrouve en insécurité matérielle au point de m’y perdre ?

Le nombre de chemins à parcourir pour déconstruire ce qui nous a fait encore et toujours obtenir les mêmes résultats avec les mêmes comportements m’est inconnu. Je vois bien que la démarche de résilience que j’entreprends, ou que j’accompagne, ébranle des certitudes, est freinée par des croyances profondes qui, souvent, fondent nos identités. Non seulement nous avons beaucoup de réalisations à faire dans le monde de la matière (changer nos modes de production, de coopération, de gouvernance, de consommation)…mais celles-ci nous demandent de passer par des étapes de déconstructions de nos imaginaires, de nos croyances, de revisite de nos valeurs, etc. Et, entendez-moi bien : de manière concomitante. Il n'est pas question pour moi de dire que le faire arrive avant la pensée ou vis-versa. L’un ne va pas sans l’autre. Ce que je crois aujourd’hui, c’est que si l’on ne fait pas l’un et l’autre, nous n’irons pas vers des changements profonds, des changements à la racine. C’est pourtant, il me semble, ce que nous avons besoin de faire pour installer plus de résilience dans nos vies, nos territoires, notre monde.


La pensée et le faire sont intriqués, indissociables. Nos vies d’humains sont intriquées les unes aux autres, intriquées avec les autres vivants, les ressources de la planète, son fonctionnement en cycles… Cycles que nous n’avons pas compris ni intégrés dans nos façons de vivre et de réfléchir. Il s’agit donc de trouver nos chemins afin de réintégrer dans nos croyances le respect des cycles vivants avec tout ce qu’ils comportent de difficultés, d’inconfort mais aussi un profond enracinement dans la réalité, la matière. Et sur cette route, chacun trace son chemin. Il est long, lent et sinueux, passe par des sentiers, d’autres chemins. Il est spécifique à chacun. Semé d’embûches, traversé par des aller-retour entre introspection et mises en pratique. On pourrait comparer ça avec des paliers de décompressions. Chaque croyance déconstruite nous permet de faire de nouvelles choses. Nos nouvelles expérimentations dans la matière font émerger de nouveaux freins, de nouvelles peurs. Les lever nous libère pour de nouvelles actions... et gentiment, on avance. Tiens, on dirait un cycle !


Et vous ? Quels sont vos chemins résilients ?